Le Chief Of staff : nouveau catalyseur de la stratégie RSE
Dans un monde où les enjeux de durabilité et de responsabilité sociale s’imposent comme des priorités stratégiques, le rôle du chief of staff (COS) évolue. Plus qu’un bras droit du dirigeant, le COS devient un véritable catalyseur de transformations, notamment sur les sujets d’impact.
Les chiefs of staff, traditionnellement associés à la coordination et à l’exécution des priorités stratégiques, voient leur rôle s’élargir dans un contexte marqué par des défis sociétaux et environnementaux croissants. En effet, selon le Baromètre RSE 2024, 76 % des entreprises françaises disposent désormais d’un budget dédié à la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) et 70 % intègrent cette thématique dans les discussions au comité exécutif.
Ces chiffres mettent en évidence la nécessité d'intégrer les enjeux RSE à la stratégie globale de l'entreprise en s'appuyant sur une coordination des acteurs internes.. Chez Fujitsu, groupe japonais dont l'ADN est profondément ancré dans les enjeux de durabilité et d'impact, Maxime Maintier, ancien COS et désormais responsable RSE au CODIR, incarne parfaitement cette dynamique. Son parcours illustre le rapprochement entre gouvernance et durabilité. Témoignage.
Chief of staff : une fonction multifacette au service de la durabilité
Un rôle stratégique aligné sur les enjeux RSE
Chez Fujitsu, les enjeux de durabilité ne se limitent pas à des initiatives isolées ou symboliques : ils structurent en profondeur les choix stratégiques et organisationnels de l’entreprise. Cette approche reflète une vision intégrée de la RSE, où chaque décision, qu’elle concerne les produits, les processus ou les partenariats, est alignée sur des objectifs de durabilité à long terme. « Aujourd’hui, la durabilité doit s’inscrire dans la stratégie et sa déclinaison, ce qui a été mon rôle depuis le début », explique Maxime Maintier. Ces mots illustrent la transformation progressive de la fonction de chief of staff, qui dépasse désormais le cadre traditionnel pour embrasser des missions à impact.
Une continuité naturelle entre COS et responsable RSE
En supervisant initialement des projets stratégiques liés à la durabilité, Maxime Maintier a progressivement pris en charge le pilotage des initiatives RSE. Cette continuité illustre un modèle d’intégration stratégique, dans lequel la RSE n’est pas uniquement confinée à une fonction support, mais devient un pilier central de la stratégie d’entreprise. « Quand j’ai pris la position de responsable RSE, il y a eu un continuum dans les activités et le rôle de COS», souligne-t-il. Cette transition naturelle reflète l’interconnexion entre les missions de chief of staff et celles d’un responsable RSE.
COS et RSE : deux périmètres fortement interconnectés
Une position centrale et transversale
Le chief of staff (COS) se distingue par sa vision transversale et son accès privilégié à la direction générale, ce qui lui permet de connecter les enjeux RSE à la stratégie de l’entreprise. « La durabilité doit s'intégrer pleinement dans la stratégie et ses déclinaisons opérationnelles, ce qui est aujourd’hui mon rôle », explique Maxime Maintier. Chez Fujitsu, il a joué un rôle clé dans des décisions stratégiques déterminantes, notamment le recentrage des activités du groupe. « Avec Uvance (Universal + Advance), nous avons choisi de réorienter nos priorités pour privilégier des solutions de conseil à forte valeur ajoutée et contribuer à un monde meilleur », poursuit-il. Cette initiative s’est traduite par un désengagement progressif de certains secteurs, comme la fourniture de matériel informatique, au profit de projets alignés sur des objectifs de durabilité et d’innovation. Mon rôle a été d’accompagner ce repositionnement au sein de la filiale, en veillant à son adoption et à sa mise en œuvre dans le respect de l’identité et des valeurs de l’entreprise.
Le COS joue également un rôle clé dans la coordination inter-départements. « Tous les projets liés à la RSE étaient portés par le directeur général. En tant que COS, je veillais à leur cohérence stratégique et collaborais avec la responsable RSE pour garantir une déclinaison opérationnelle », ajoute-t-il. Cette fonction stratégique, au croisement de la gouvernance et de l’opérationnel, illustre l’importance croissante de la RSE dans la structuration des entreprises.
Une capacité à mobiliser les équipes
Le COS agit comme un catalyseur pour mobiliser les collaborateurs autour des projets à impact, transformant les ambitions RSE en dynamiques collectives concrètes. Maxime Maintier souligne : « La RSE ne doit pas être perçue comme une fonction support. J’ai cherché à démontrer que la durabilité peut transformer le business et engager les équipes. » Lors de la mise en place d’un plan d’attractivité RH chez Fujitsu, il a notamment développé des programmes valorisant les conditions de travail, pour attirer les jeunes talents sensibles aux enjeux d’impact.
Une aptitude à mesurer l’impact et à rendre compte
Pour que les initiatives RSE aient un impact tangible, le COS doit définir des indicateurs de performance (KPI) et assurer un reporting clair et transparent. Maxime Maintier explique : « Transformer la vision de la RSE implique de démontrer un ROI. J’ai structuré des actions concrètes pour prouver que la durabilité pouvait non seulement réduire les coûts, mais aussi générer de nouvelles opportunités. » Il a ainsi créé une équipe dédiée au conseil en durabilité, qui intervient chez les clients pour résoudre leurs problématiques RSE. « Cela nous a permis de générer une activité rentable tout en positionnant la durabilité comme un levier stratégique. »
Rôle d’influence et de plaidoyer
Le COS joue également un rôle d’influence auprès de la direction et d’ambassadeur en externe. Maxime Maintier insiste : « Au sein du CODIR, j’ai souvent dû adopter un discours pédagogique pour démontrer que la durabilité n’était pas une option, mais une nécessité pour la survie et la résilience de l’entreprise. » Ce rôle dépasse les frontières de l’entreprise, avec une capacité à représenter les engagements RSE dans des réseaux professionnels. « La fonction de COS permet de créer des ponts, d’élargir le réseau du DG et de donner une résonance aux sujets à impact dans l’écosystème. »
Défis du COS : une légitimité RSE encore à asseoir
Le rôle du chief of staff dans la RSE est parfois mal compris, souvent réduit à des fonctions perçues comme secondaires. « La RSE est encore perçue comme une fonction support », résume Maxime Maintier. Parmi les principaux obstacles : des ressources limitées en termes de nombre de personnes travaillant sur le sujet, une incompréhension des enjeux au sein de la direction, et la nécessité d’un leadership fort pour porter ces sujets stratégiques. La pédagogie joue un rôle central, notamment au sein du CODIR, où convaincre les décideurs de la valeur ajoutée de la durabilité reste un défi.
Construire son réseau et maximiser son impact
Pour relever ces défis, Maxime Maintier recommande de s’appuyer sur un réseau professionnel solide et d’échanger régulièrement avec d’autres COS ou responsables RSE. Les communautés professionnelles comme celles de 359 offrent des espaces pour partager des bonnes pratiques et renforcer sa légitimité. En interne, il est essentiel de positionner la durabilité comme une priorité stratégique soutenue par la direction. « La RSE doit être portée par le CEO et intégrée à la stratégie globale. La durabilité doit irriguer toutes les fonctions de l’entreprise. »
Une nécessaire incarnation personnelle des enjeux RSE
Au-delà des compétences techniques, le COS doit incarner les enjeux RSE de manière authentique. « Je suis personnellement très engagé sur les sujets à impact. C’est indispensable pour activer les transformations internes », insiste Maxime Maintier. Cette posture permet de catalyser le changement en interne et de renforcer la crédibilité des actions.
Surmonter les incompréhensions, bâtir des passerelles entre les acteurs internes et externes, et prouver que la durabilité est bien plus qu'une contrainte : c'est un levier stratégique et rentable. Voilà l’ambition du COS face aux défis de durabilité. Mais au-delà des chiffres et des stratégies, il lui revient d’incarner cette transformation par une pédagogie éclairée, un leadership inspirant et un engagement sans faille. Et si le véritable moteur de cette transition durable était justement la capacité du COS à réconcilier performance et impact ?